La République du Congo a engagé une nouvelle étape de sa stratégie de gestion active de la dette en procédant au rachat partiel de son obligation internationale arrivant à échéance en 2032, tout en réalisant sa première émission publique à long terme depuis près de vingt ans. L’objectif est clair : alléger la pression des remboursements à court terme, allonger la maturité moyenne de la dette et renforcer la crédibilité financière du pays sur les marchés internationaux.
Le 17 février 2026, le gouvernement a annoncé le rachat de 354,3 millions de dollars de son euro-obligation 2032, assortie d’un coupon de 9,875 %. L’opération, menée dans le cadre d’une offre publique en numéraire arrivée à échéance le 16 février, s’est conclue à un prix de 947,50 dollars pour 1 000 dollars de nominal, plus intérêts courus, pour une contrepartie totale d’environ 346 millions de dollars. Initialement plafonnée à 350 millions de dollars, l’offre avait été relevée à 390 millions, sans qu’il soit nécessaire d’appliquer un mécanisme de réduction proportionnelle. À l’issue de la transaction, l’encours de cette obligation est ramené à 575 millions de dollars, contre 930 millions auparavant.
Cette opération s’inscrit dans une séquence plus large de refinancement. Le 11 février 2026, Brazzaville a levé 700 millions de dollars à travers une nouvelle obligation arrivant à échéance en janvier 2035, assortie d’un coupon de 9,5 %, la maturité la plus longue jamais obtenue par le pays sur les marchés internationaux. Le remboursement du principal débutera en 2031 par tranches annuelles. Le carnet d’ordres a dépassé 2 milliards de dollars, mobilisant plus d’une centaine d’investisseurs, ce qui a permis de réduire significativement le rendement final par rapport aux indications initiales.
Les fonds levés doivent principalement financer le rachat partiel de l’obligation 2032 ainsi que le remboursement de dettes contractées sur le marché sous-régional arrivant à échéance en mars 2026. Selon les autorités, cette opération permettra de réduire d’environ 214 millions de dollars les remboursements de principal prévus entre 2026 et 2030, contribuant ainsi à lisser le profil de la dette et à limiter les risques de refinancement à court terme.
Après avoir levé 670 millions de dollars en novembre 2025 via des placements privés, puis rouvert cette ligne pour environ 260 millions supplémentaires, la nouvelle émission marque le retour officiel du pays sur le marché public international. Pour le ministre des Finances, Christian Yoka, il s’agit d’un « passage à une nouvelle étape » fondé sur la prudence et visant à renforcer la soutenabilité de la dette à moyen et long terme.
Classé en catégorie spéculative (CCC+) par les agences Fitch et S&P, et fortement dépendant des revenus pétroliers, le Congo reste exposé aux aléas des marchés. Néanmoins, le succès de cette opération, dans un contexte international exigeant pour les signatures africaines à risque élevé et à l’approche de l’élection présidentielle du 15 mars 2026, constitue un test grandeur nature pour la crédibilité financière du pays. En allongeant ses maturités et en diversifiant sa base d’investisseurs, Brazzaville cherche à consolider progressivement son accès aux financements extérieurs et à restaurer la confiance des marchés.
La rédaction
Légende: Ministre des Finances, Christian Yoca
